Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 06:12

Non mais le choc. Collègue Blonde est devenue ma fidèle alliée. Déjà, on envisage de partir ensemble en vacances cet été (pas en tête à tête, je vous rassure) (ni avec son mec, ce serait étrange) (quoique). Mais surtout, elle a validé le surnom de Spychopat. Depuis quelques temps, ce dernier agit de manière de plus en plus étrange. Parfois, il disparaît pendant très longtemps, ce matin il est arrivé à sept heures et demie au bureau (au lieu de 9 heures d’habitude) et hier soir, il est parti à 21h20, ce qui est tard en période « calme ». Collègue Blonde est persuadée qu’il se passe un truc. Elle m’a dit : « Je sais pas mais en ce moment il y a de petits détails qui s’accumulent donc je psychote (haha !). J’en viens presque à me dire qu’il est peut-être tueur en série… » HAHAHAHA ! La vraie nature de Spychopat serait-elle en train de lui apparaître ? Mystère. Du coup, nous faisons front, courageusement. Je travaille avec une batte de baseball sous mon fauteuil de bureau, on ne sait jamais.

Sinon, en lien avec l’article d’hier, une citation de David Cronenberg, qui explique dans cet article de Slate comment il a écrit le scénario de Cosmopolis : Et vous savez quoi? Ça m’a pris exactement six jours pour l’écrire. Ce qui ne m’était jamais arrivé. En fait, j’ai commencé par recopier littéralement tous les dialogues du livre sur mon ordinateur, sans rien changer ni ajouter. Ça m’a pris 3 jours. Quand j’ai eu fini je me suis demandé: «Est-ce que ça fait un film? - Je pense que oui». Au cours des trois jours suivants, j’ai rempli les vides entre les dialogues, et hop, j’avais un scénario. Ah, ben tout s’explique. David a rempli les vides entre le vide avec du vide.

Mais passons au vif du sujet du jour. Un aimable lecteur et ami, appelons-le le Cyborg, m’a envoyé cet excellent article de Rue89, à propos du style inimitable des romans Harlequin. Tout un chacun connaît sûrement, du moins de nom, cette collection à la fois rose bonbon parce que terriblement romantique, mais également rouge fessée parce que friante de scènes beaucoup plus olé-olé que les romans « tout publics ». Les scènes de drague ou de tourment amoureux représentent 60% du bouquin, et les scènes de sexe 35%. Ce qui nous laisse 5% de contexte historique (l’amour au temps du choléra, à la cour de Louis XIV etc) et de mots de liaison. Et cette recette est grosso modo la même dans toutes les collections estampillées « rose » ou « passion » pour adultes.

Personnellement, je n’ai jamais lu de Harlequin ou autre. J’ai toujours été d’avis que ce genre de bouquins pouvaient fort bien être remplacés par du porno, tout simplement, car vu leur qualité d’écriture, je n’ose appeler ça de la littérature. J’ai bien lu Sade ado, mais en sautant soigneusement les discours philosophiques et en privilégiant les scènes de sexe. Pourtant, avec l’arrivée des livres numériques dans nos vies (Kindle, Kobo etc), la consommation de mommy porn, comme l’appelle élégamment Rue89 ici, a explosé. Cela fait huit semaines que Fifty shades of greyet ses deux suites, de E.L. James, sont en tête de la liste des meilleures ventes du New York Times. Les ventes de romance, comme on dit outre-Atlantique, auraient rapporté 1,37 milliards de dollars en 2011 aux Etats-Unis. Et c’est surtout sur le marché du livre numérique que les ventes explosent, à cause de l’anonymat et de la discrétion du format, dixit Rue89. Fin mars, 250 000 exemplaires de Fifty shades of grey avaient été vendus, avec six fois plus de ventes numériques que papier. Harper Collins vient de lancer une nouvelle gamme d’e-books érotiques baptisée Mischief. Diantre. Le monde entier s’encanaille sous .asv. Il est donc temps de voir de quoi il retourne.

Etant l’heureuse propriétaire d’un Kindle de base depuis Noël, je me suis empressée de télécharger le fameux Fifty Shades of Grey sur Amazon. Celui-ci n’a pas encore été traduit en français, il faudra attendre encore un peu pour lire les délicieuses scènes d’amour promises en langue de Molière. Mais qu’est ce c’est que ce bouquin, d’ailleurs ? En fait, c’était au départ une fan fiction, c’est-à-dire un récit écrit par une fan qui prolonge et joue avec l’univers d’une œuvre. Vous avez jusqu’à en-dessous de cette image pour deviner de quelle œuvre il s’agit.

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Voilà la réponse : Twilight.

Twilight, où ils mettent trois tomes à coucher ensemble, est devenu un roman érotique. Comme quoi il n’y a pas que moi qui déplorais le manque de cabrioles des vampires scintillants. Bref. Notre chère E.L. James est une Britannique d’une quarantaine d’années bossant à la télé qui décrit sa trilogie comme « ma crise de la quarantaine… avec tous mes fantasmes dedans » (cf sa page Wikipedia). Une petite photo pour la route.

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Elle dit avoir repris les rapports dominant/dominé de Pattinson et Stewart en gommant les références aux vampires et en pimentant fortement le tout. Mouais, l’hommage à Twilight ne saute pas aux yeux d’après moi. Je me suis lancée pleine d’entrain et assez enthousiaste : ouh, de la littérature érotique plébiscitée par autant de lecteurs, ça doit être chouette ! On suit l’histoire d’une certaine Anastasia Steele qui vit à Seattle et qui se retrouve un jour à interviewer par hasard un magnat des affaires appelé Christian Grey. Elle est fort surprise (et ravie) de découvrir que le dénommé Christian est absolument canon (« trop beau », nous dit-on), et qu’il n’a que 27 ans. Ils tapent la discute et elle est évidemment très impressionnée et sous le charme, mais reste également vive et audacieuse. Ah, comment font-elles, toutes ces héroïnes, pour être à la fois mortes de trouille et pleines de repartie ? L’ami Christian dégage une incroyable aura érotique etc et va jusqu’à lui proposer un poste dans son entreprise là tout de suite maintenant, mais Anastasia préfère sagement rentrer chez elle, où elle ne cesse de penser à Cricri. Quelques jours plus tard, je ne me rappelle plus trop comment mais elle le croise quelque part. Elle trop sous le choc et tout et tout. Ah oui, je me rappelle : elle est à une soirée et son pote de toujours essaie de l’embrasser de force parce qu’il est bourré. Cricri débarque juste à temps pour sauver les meubles (désolée Ana, mais pour le moment tu es un meuble). C’est vrai que ça rappelle bien Robert Pattinson et sa faculté quelque peu énervante à apparaître à n’importe quel moment pour sauver sa belle du guêpier dans lequel elle s’est fourrée exprès.

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Haha, c'est pas mal ce bouquin, ça donne des idées.

Donc de fil en aiguille, Cricri et Ana en viennent à s’avouer une forte assurance mutuelle. Bon, donc ils vont coucher non ? Pas tout de suite. D’abord, Cricri blablate pendant des pages sur le fait qu’il « n’est pas un garçon pour elle » et qu’il a un « côté sombre ». Ce qu’il veut dire par là et qu’il finit par avouer, c’est qu’il est adepte de pratiques sado-masochistes (le BDSM, pour les lecteurs amateurs de porno). Forcément, Ana flippe à mort et pose des questions un peu simplettes du genre « Mais tu veux me faire mal ? Pourquoi tu veux me faire mal ? » Cricri y répond du mieux qu’il le peut, mais je vous avouerai que j’ai lu en travers ces passages-là. Quoi qu’il en soit, par mail, par téléphone et de vive voix, Ana et Cricri discutent de la possibilité d’une relation sexuelle, mais on l’attend toujours. Finalement, Ana a trop envie de Cricri (qui est apparemment très bronzé, avec de grands yeux verts et des cheveux un peu mordorés – son apparence est rappelée quasiment à chaque page, au cas où l’on l’oublie.)

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Donc Ana se lance. Ils passent la soirée ensemble (il me semble) et ensuite il la ramène chez lui (dans une maison ou un appartement (je ne me rappelle plus) incroyable, évidemment. Cricri, ton argent m’excite !) Cricri commence par montrer son donjon à Ana. Ceci n’est pas un nom de code. Le donjon, pour les adeptes du BDSM, c’est là où ça se passe si on veut utiliser des accessoires divers et variés : croix de Saint-André, fouets, menottes, pince-à-tétons etc… (pour des illustrations, je vous conseille Google, Safe search désactivé). Ana a un peu la tête qui tourne et elle se dit « Oh la la, quand même, ça doit faire drôlement mal, de se faire cravacher vigoureusement l’arrière-train ». Heureusement, Cricri la rassure en lui disant que ce soir, il va seulement lui faire l’amour, pas la baiser. Ouf. Ils redescendent donc à la chambre à coucher et commencent à se chopper sur le lit, sauf qu’Ana a aussi une confession à faire : elle est vierge. Mais quand elle dit vierge, c’est vierge : elle n’a jamais fait de fellation, elle n’a jamais masturbé quelqu’un, et elle ne s’est jamais masturbée non plus. Cricri hésite un peu mais finalement il s'en fout, et il la fait jouir seulement en lui touchant les tétons. Voilà voilà. Elle n’a aucune maîtrise ou connaissance de son corps, mais elle arrive à avoir son premier orgasme en dix minutes par les seins. Cricri, si tu te lances dans le professorat du sexe, réserve-moi illico une place dans le cours des débutantes.

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Enfin, je vous passe les détails, mais un cunni et un missionnaire plus tard, Ana n’est plus vierge et tout le monde est content. Cricri s’endort auprès d’elle non sans lui souligner que d’une, c’est la première fois qu’il pratique le « sexe vanille », c’est-à-dire « normal ». Et que de deux, d’habitude, il ne dort jamais avec les filles avec qui il couche. Parce que Cricri envisage la relation dominant/soumise non seulement comme un jeu sexuel, mais bien comme un principe de vie. Un vrai adepte du SM exerce ou subit (volontairement) des rapports de pouvoir dans tous les aspects de sa vie, et un contrat est parfois signé entre le Maître et l’Esclave. C’est justement un document de ce type que Cricri propose à Ana. Il lui confie d’ailleurs qu’il a été le soumis d’une femme plus âgée pendant de longues années et qu’elle l’a initié à ce mode de vie. Ana hésite, prend peur. Ils vont prendre un bain et elle lui fait une fellation. Elle hésite encore. Deux jours et un bon millier de mails plus tard, il la prend en levrette en lui tirant les cheveux, elle hésite encore. Trois jours après, il lui passe les menottes avant de lui faire l’amour. Elle hésite toujours. Bon, vous vous en doutez, à la fin du bouquin, elle finit par signer. Mais pas avant une cascade de scènes de sexe toutes plus hot les unes que les autres. A chaque fois qu’elle se donne ou qu’elle est punie sexuellement, en parallèle, Ana est revalorisée dans un autre contexte : elle arrive à amener Cricri à se confier, elle rencontre sa famille, elle lui tient tête etc… Comme ça, tout le monde est content. Je n’ai pas lu les deux autres tomes de la trilogie, mais je pressens qu’ils suivent peu ou prou le même modèle.

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C’est marrant, parce que ce week-end, j’ai rencontré une Américaine et je ne sais pas pourquoi, nous nous sommes retrouvées à parler de Fifty Shades of Grey. Immédiatement, elle m’a dit « J’adore ! Tu as vu, c’est génial ! Ca donne chaud ! » Je m’interroge. Je ne crois pas que ce soit simplement les scènes d’amour qui donnent aussi chaud, car on en trouve dans tout roman érotique de base. Je pense que c’est réellement la dynamique BDSM du bouquin, vu son plébiscite. Cela confirmerait une « tendance du sexe » que j’avais cru observer parmi mes connaissances, ou plutôt parmi les gens assez inconscients pour me raconter leur vie sexuelle –coucou ! Les relations de pouvoir durant le sexe seraient-ils à la mode ? Ces pratiques restent généralement qualifiées d’« extrêmes », même quatre siècles après Sade. Je dirais qu’elles ont pourtant toujours eu cours, mais sans doute avec moins de facilité, de naturel. Pas facile, il n’y a pas si longtemps, d’avouer son goût pour telle ou telle pratique « pas vanille » (il y a encore des actes jugés « contre-nature » aux Etats-Unis). Il semblerait que c’est plus simple d'en parler aujourd’hui. Les pratiques dites extrêmes se pratiquent-elles plus (plus souvent, plus régulièrement, par plus de personnes) ? Je n’en sais rien. Les média incriminent souvent le porno en disant qu’il transforme notre façon de faire l’amour. C’est sans doute vrai. Mais dans ce qu’il montre vraiment, outre des questions de poils ou de longueur d’engin, le porno tape toujours dans le mille. Il s’adapte à la demande des spectateurs pour faire de l’argent. Et il semblerait que les spectateurs veulent plus d’amateurs, de home-made et d’identification, et plus de tout en général. Un missionnaire des familles avec le sexe oral de rigueur ? So 1990s. On s’ennuie vite, quoi. Ce qui ne veut pas dire qu’on n’aime pas le sexe vanille à la maison, en vrai. Mais comme support à l’imagination, je dirais que l’heure du rough sex a sonné.

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Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 06:45

Ce week-end, il faisait beau, Paris sentait bon le sable chaud. J’ai passé des heures en journée et en soirée à regarder passer les bateaux-mouches au pied du Pont des Arts en leur faisant signe de la main et en sirotant du Coca Zero ou du vin blanc tiède. Le bonheur. Un week-end parfait, en suspension, des vacances anticipées.

Jusqu’à hier soir, où j’ai eu la bonne idée d’aller voir Cosmopolis, le film de David Cronenberg adapté du roman de Don De Lillo.

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David, je l’aime bien. Il a réalisé l’assez bon A History of Violence et le très regardable Les promesses de l’ombre. Elle ne s’annonçait donc pas trop mal, cette séance tardive au MK2 Bibliothèque. Certes, il y a Robert Endive malcuite Pattison dedans. Bon. Laissons-lui une deuxième chance : Twilight n’était peut-être qu’une erreur de jeunesse ? Et puis le film commence, et assez rapidement, tu te dis que tu as fait une erreur. Par « assez rapidement », j’entends un petit quart d’heure. C’est à partir de ce moment-là que des gens se sont mis à quitter la salle, toutes les vingt minutes environ.

David nous raconte donc l’histoire de Bob. Bob a des lunettes de soleil noires et un costume chic (mais il porte un T-shirt sous sa chemise, faute de goût impardonnable). Bob a toujours un teint d’endive pas cuite et une coupe de cheveux ridicule (il a opté cette fois pour la raie sur le côté gominée). Du coup, Bob décide que sa mission du jour, c’est d’aller chez le coiffeur. Il s’en fout que le Président des Etats-Unis soit en visite officielle et que le trafic soit infernal. Imperturbable, il s’engouffre dans sa limousine blanche et c’est parti mon kiki.

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J'suis un beau gosse. Et je fais la moue comme Kim Kardashian.

En fait, la limousine de Bob, c’est un peu comme la rue Saint-Anne pour moi : c’est sa deuxième maison. Il y fait tout, tout, absolument tout. Ses rendez-vous d’affaire, d’abord : Bob est un multimilliardaire de 28 ans, un peu à la Zuckerberg mais dans le secteur boursier. Il a peur d’être sur écoute et il est inquiet parce que le yuan se dévalue. Ok. Soit. Le spectateur n’a pas plus d’indications sur ce que fait vraiment l’ami Bob dans la vie. Assez rapidement par contre, on apprend qu’il est tout juste marié à une poétesse blonde richissime gaulée comme une bimbo. Bien ouej, Robert. Seul souci : la demoiselle est fortement misanthrope et pas très portée sur la chose. Bob est donc obligé de revoir de vieilles copines (au sens littéral du terme : il couche avec Juliette Binoche dans sa fameuse limo. Juliette, ma grande, prends tes affaires, rhabille-toi et file. You can do better than that). Ou bien il cabriole avec sa garde du corps (également gaulée comme une gogo danseuse). Le garçon sait s’entourer.

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Tu peux sortir tes mains de tes poches, Robert, c'est mort, je te dis que j'ai pas envie ce soir.

Quand il ne baise pas à droite ou à gauche, Bob essaie de convaincre sa femme de baiser, mais c’est pas gagné. Il est tellement persuadé d’être supérieur aux autres qu’il lui semble impossible de mener une simple conversation. Il essaie de discuter avec sa copine (tout aussi asociale que lui) et tous deux s’interrogent pour savoir si « c’est ça, une conversation normale ». Ah, la fabuleuse conception des « gens normaux » que l’on prête souvent aux très riches et très puissants dans les films. Bob et ses semblables vivent tellement coupés de la réalité qu’ils ne savent plus se comporter en êtres humains simples et spontanés. Mais la normalité n’existe pas plus au-dessous du Smic qu’au niveau de l’ISF. Une conversation normale, ça ne veut rien dire. Qui sait vraiment ce que se disent les couples assis deux par deux au restaurant ? Tout le monde construit son truc dans son coin en essayant que ça marche, sans se préoccuper du voisin. Les seuls qui essaient d’être « normaux » sont ceux qui s’excluent d’emblée du commun des mortels. Moi, Robert, je te complimente sur tes bijoux et j’essaie de parler d’une pièce de théâtre parce que c’est ce que je suis censé faire par construction sociale. Et aussi parce que je n’ai rien d’autre à dire de toutes façons.

Si, tout de même, je le reconnais : Bob a des tas de choses à dire. Il ne fait que parler, en fait. Lui et tous ceux qui l’accompagnent. Personne ne sait se taire une seconde dans ce film, c’est incroyable. Et il faut voir les conversations. J’imagine que c’est le genre de discussions qui peut avoir lieu à quatre heures du matin, dans une piaule d’étudiants, avec des joints qui tournent et du trip-hop en fond sonore. L’argent, ça fait le temps, tu vois. C’est ça le concept fondamental du capitalisme. Il nous vole notre présent en nous forçant à penser au futur. Tu sais ce que c’est, une nanoseconde ? Ouais, c’est 10-9 secondes, ok, mais c’est surtout la preuve qu’il faut être super précis quand tu essaies de décrire la réalité, quoi. Quel rapport ? Bah je sais pas, mais c’est plutôt cool. Ya des zeptosecondes, aussi. Dingue, non ? Ou bien C’est pas évidement d’être un visionnaire. Plus ta théorie est audacieuse et nouvelle, moins les gens la comprennent et plus elle le fait peur. Ouais, je sais que c’est évident, mais je trouve qu’elle me donne l’air cool, cette phrase. Surtout quand je la prononce en buvant de la vodka on ice à petites gorgées, pendant qu’une manif agitée secoue ma limousine. Pendant le trajet sans fin de Robert dans Manhattan, des émeutes éclatent, menées par des gens encapuchonnés qui dénoncent le « sceptre du capitalisme » et trimballent partout une statue de rat géant, sûrement pour dénoncer un truc, genre « à bas le capitalisme » ou « nettoyez les rames de métro, c’est dégueulasse », on ne sait pas bien. Du coup, Bob se fait tagguer sa limo et se fait secouer comme un prunier, mais il s’en fout, la voiture est blindée. Et comme il est l’archétype du riche trader désabusé (Patrick Bateman un grand coucou, s’il te plaît, viens sauver ce film), il ignore totalement ce qui se passe autour de lui. A part le yuan, bien sûr. Qui continue de baisser.

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Un rat géant? Il faut vraiment que j'arrête la vodka.

Aussi, l’ami Robert est très préoccupé de sa santé. Encore un maniérisme à la mode chez les multimillionnaires. Un docteur l’examine donc tous les jours et lui fait un examen complet quotidien, dont palpation de la prostate. Ca tombe bien, l’une des collaboratrices de Bob est venue parler boulot. Elle a donc la chance d’avoir le visage crispé de Robert sous les yeux pendant qu’il se fait tâter l’arrière-train par son docteur. Le rêve de tout employé, quoi.

Pour la petite histoire, la prostate de Bob est asymétrique. Vous allez me dire, on s’en fout. Oui, mais si on raisonne comme ça, alors on s’en fout de toute l’intrigue, vu que rien n’a de sens dans ce film, et surtout pas les dialogues pseudo-philosophiques. Ni le fait que Robert assassine son garde du corps sur un coup de tête sans que l’on ne sache pourquoi. Ni le fait qu’il aille enfin se faire couper les cheveux mais qu’il se casse en plein milieu pour aller au dépôt de limousines. Là, il tombe enfin sur l’individu isolé et menaçant que son garde du corps n’a cessé de guetter toute la journée (et il en a été bien récompensé). Bob décide donc d’aller à sa rencontre tout sautillant, un sourire benêt sur les lèvres. Mais oui, c’est connu. Les très riches, c’est très blasé, en manque d’émotions. Ca veut juste vivre, quoi. Donc ça fait des trucs très cons, comme pousser la porte de l’appartement d’un potentiel tueur, juste pour se donner des frissons. Une vision extrêmement datée des 1% de la population mondiale. On la trouve surtout dans l’esprit des années quatre-vingts, avec l’avènement des yuppies. Je pense à Tom Wolfe et son Bûcher des Vanités, à American Psycho de Brett Easton Ellis bien sûr, ou au premier Wall Street d’Oliver Stone. Des traders conquérants, un Manhattan rempli d’arrivistes qui s’ennuient et qui se posent des questions existentielles en ignorant le reste du monde. Mais tout ceci n’est plus vraiment d’actualité. Depuis, il y a eu le 11 Septembre, et le reste du monde ne se laisse plus ignorer. Il y a eu et il y a toujours la crise financière, et les certitudes du capitalisme sont ébranlées. Et bien sûr, il y a et il y aura toujours des gens très riches et très superficiels, mais ceux-là n’ont plus forcément assez de recul ou assez d’attentes de la vie pour s’ennuyer. Enfin, dans les grandes lignes.

Bref, au final, Bob se lance dans une longue discussion avec le mec qui l’a pris pour cible. Il se révèle être un ancien employé qui travaillait sur la monnaie thaïlandaise. Cool. Pâle copie de Bateman (encore et toujours), Machin l’employé évoque des aspects triviaux de la vie courante pour expliquer son envie de faire un truc fou, comme tuer son boss par exemple. Bob argumente patiemment, mais je ne saurai vous dire de quelle manière, je crois que j’étais trop occupée à compter les gens qui quittaient la salle. Puis Robert doit encore s’ennuyer, parce qu’il se tire volontairement une balle dans la main, pour voir comment ça fait j’imagine. Machin éponge le sang et ils découvrent qu’ils sont tous les deux une prostate asymétrique. Incroyable. Moi je pensais qu’ils allaient se chopper dans la foulée, ce qui aurait été une bonne fin, mais non. Machin finit par braquer son flingue sur le doux visage de Robert. Quel suspense insoutenable ! Malheureusement, écran noir, générique de fin : nous n’en saurons pas plus.

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"Vous me forcez à être responsable et je n'ai pas ça" (citation directe du film). Pour la peine, je vais m'exploser la main.

Oh, David, pourquoi nous avoir infligé ça ? C’est assez nul. Mais possiblement, le roman aussi est assez nul. Mathieu Amalric tient un tout petit rôle : pourquoi ? Tu aurais dû t’abstenir. Robert, une bonne fois pour toutes : tu n’es pas un sex-symbol, vraiment, je ne sais pas ce qu’elles te trouvent. Mais ça, ce n’est pas grave. Ce qui est plus embêtant, c’est que tu n’es vraiment pas un bon acteur. Tu es mono-expression, tu n’as pas plus de jeu qu’une pousse de radis, et pourtant, on a envie de te mettre des gifles à toute volée tellement tu es agaçant. Voilà. Ca va mieux en le disant ! J’attends encore plus de Prometheus mercredi du coup. Je ne suis pas sûre de pouvoir survivre à un deuxième film du niveau de Cosmopolis.


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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 09:51

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Foulard Octopus Trap par Antagoniste

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Bientôt plus de souris? Joie! via Slate

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Affiches de films "grindhouse" et tellement plus encore sur ce site fabuleux: These Americans

http://d24w6bsrhbeh9d.cloudfront.net/photo/4244288_700b.jpg

http://25.media.tumblr.com/tumblr_m47repL68V1rtkhkno1_500.jpg

C'est toujours aussi cool Chers voisins, mais il faudrait moins de posts sur les gens qui ont une vie sexuelle de folie. Merci.

http://d24w6bsrhbeh9d.cloudfront.net/photo/4227339_700b.jpg

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Dormez plus tristes

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Helen of Destroy 

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Chers voisins: ah ben voilà, je préfère.

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Vagabonded life

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Helen of Destroy

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Fragile Times

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I'll be your mirror

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Ghost world

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Vagabonded life

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Carlovely

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Black Snake Moan


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